16 févr. 2012

J'ai passé un casting et pis voilà.

Nous nous sommes quittés hier, au prix d'un tel suspens qu'à côté, la candidature OU PAS de Nicolas Sarkozy, c'est de la gnognotte. Ah bon, y'a plus de suspens de ce côté-là ? Ben heureusement que j'étais au taquet pour vous tenir en haleine, alors.
La suite, donc.

***

De retour des toilettes, je m'assieds et complète la case "Personnalité" avec un truc façon pipeau-langue de bois qui dit à peu près : franche, généreuse, épanouie, souriante. J'ai failli rajouter Bilingue et maîtrise du Pack Office mais ce n'était pas le propos. La jolie blondinette de l'accueil me fait un signe, c’est mon tour. Heureusement que mon amie M. est là. Elle bosse sur Paris et est venue très vite après son boulot. Sauf que je ne savais pas exactement où c'était et que nous avions convenu de nous envoyer un texto. Mais au sous-sol de l'éditeur, le texto, y veut rien savoir. Mais elle est futée, M. et elle a réussi à me retrouver. Ouf, un soutien amical.

La salle où j'entre est…. un placard, visiblement, ou une salle d’archives, ou de garde à vue. C’est gris, petit, sans lumière du jour, avec des placards en métal, des balais dans un coin, et des rouleaux de papiers façon paper-board sont posés au-dessus des armoires.
Une sorte de studio photo est aménagé : un fond uni, grisé, maintenu au sol par des pavés autobloquants (celui qui ne voit pas ce que c’est peut demander), des parapluies de lumière et une sorte de grande lampe, comme un dentiste : le matos de la photographe.
Assises derrière une table, Cristina et d’autres personnes me sourient : sa sœur ou cousine ou tante (je finirai par savoir que c'est sa web manager), l’éditrice, la blondinette. Sous le grand parapluie de lumière, la photographe et son assistante me demande de me placer sous les projos. J'ai chaud. "Elle" est là en vrai, je la regarde, sans la dévisager, enfin j'essaye. "Elle" a le même sourire gigantesque qu'à la télé, mais elle me semble plus frêle, des épaules étroites, des bras graciles, je l'imaginais plus carrée.
Je me tiens debout face aux personnes derrière la table, comme devant un jury (devant, derrière, tu suis ?). Cristina m’interroge sur les raisons de ma présence ici. Je répète le petit blabla envoyé lors de la candidature. La charmante photographe, Laurence, me regarde et me demande si j’ai un peu de poudre sur moi, pour faire une retouche. Putain, je devais sacrément briller quand même, parce que je viens d'en mettre. Bien sûr que j’en ai. Laurence attrape le boitier et me tamponne gaiement, généreusement, oui, encore un peu. Je dois ressembler à un sac de plâtre, maintenant. Puis elle s’approche et me dit "vous avez des yeux extraordinaires, cette couleur est superbe". Merci, c’est drôlement gentil ça. Vérité ou arme de détente massive ? Je ne sais le dire, mais je prends le compliment pour ce qu'il est et je souris.

Cristina me détaille de la tête aux pieds. Tout sa coup, sa voix, la même qu'à la télé, jaillit et me dit "tou as les cheveux blonds foncés, non ?".
Oui, je réponds.
"Alors, ma chérrrriiiie, qu’est ce qué c’est qué cette couleur, ça va pas dou tout".

Je voudrais bien dire que ce matin, mon brushing était nickel, que j'étais parfaitement coiffée, que là, ça donne un résultat méga-moche, à cause du train, de la chaleur. Je dis rien. Et puis, merde quoi, je suis blonde depuis… tellement d’années maintenant. Et j'aime bien. So what ? Grosse remise en question instantanée. Pas le temps. 

La photographe me prend en pieds, puis m'ordonne rapidement de me tourner, d'un quart de tour à chaque fois. Quand je suis de dos, Cristina ajoute :
"Mais tou n’as pas dou tout dé coulotte dé chéval". 
Ah bon, vous êtes sûre ? 
"Oui, pas dou tout, tou es ronde, mais tou n'a pas dé coulotte dé chéval".

C’est la meilleure nouvelle de la journée ça, bon sang de bon dieu de sa race de sa mère, je pense. Je le dis pas, hein ?

La photographe se rapproche et continue : des portraits, de face, de profil,… de dos aussi ? J'ai pas bien saisi l'intérêt de photographier un portrait de dos, à part pour voir mes cheveux-calamars. Je m'imagine l'examen des photos des candidates plus tard : ça va être sympa comme photo, ma nuque avec mes cheveux collés-qui-rebiquent. Collector. Pendant tout ce temps, Cristina, qui ne m'adressera plus la parole, échange des propos avec sa soeur-cousine-tante-webmaster, en brésilien dont je ne comprends pas la teneur.

Voilà, l’éditrice me remercie. Je demande d'une voix timide et fluette genre groupie de 14 ans à un concert de Justin Bieber si je peux être prise en photo avec elle. Cristina accepte, se lève. Elle est gigantesque, me dépasse d'une tête et demie alors que j'ai des talons immenses. Elle a des cernes aussi, et pas de soutien gorge.
Toute l'opération, à partir du moment où je suis rentrée dans la salle a duré 10 minutes. Neuf heures de train, une journée de congés, la plus grosse suée de ma vie ou presque, pour dix minutes et une dizaine de photos.

***

Environ trois semaines plus tard, j'ai reçu un mail de l'éditrice pour me dire que je n'étais pas sélectionnée "parce que je n'avais pas besoin de relooking, j'étais déjà très bien comme ça". Ok. Un peu déçue, mais pas tant que ça finalement.... Si ça peut rendre service à une fille vraiment mal dans sa peau, tant mieux.
Je ne regrette rien, surtout quand quelques mois plus tard j'ai lu le récit de Sandrine, qui elle, avait été retenue pour le casting. Si tu as cinq minutes, tu peux aller le lire, c'est en deux épisodes. Et je t'assure que tu ne regarderas plus jamais l'émission de la même manière. Je ne jugerai pas son récit, je ne l'ai pas vécu, mais disons que ça ne m'a étonné qu'à moitié. Cristina est un personnage, avant d'être une personne, elle joue son rôle par moment, pour être raccord avec la télé.

Je suis toujours blonde. Sans coulotte dé chéval (si, elle l'a dit la dame).
Pas sûre de vouloir repasser un casting un jour. Et pas sûre non plus de ne pas essayer de le refaire.


Concernant le dessin, je me rends compte que je m'avantage vachement. Je suis beaucoup plus grosse en vrai. C'est sans doute une projection de ce que j'aimerais être...

26 commentaires:

  1. Ah ben c'est ça, je l'avais lu le post de Sandrine, vilaine Christina! Mais bon, tou n'a pas dé coulotte dé chéval et ça, c'est génial!

    RépondreSupprimer
  2. non mais de toute façon je te le dis moi :
    "tou es magnifiiiique". (et tu n'as paas besoin de relooking).


    voilààààà !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ma bichette, c'est vraiment gentil !

      Supprimer
  3. génial!!! Tou n'as pas dé coulotte dé cheval, mè tu as le sens de l'houmour, et c'est qui compte!!!! J'en ris encore.
    C'est bien dommage que tu n'ailles plus à des castings, tu pourrais faire un bouquin :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai plein d'histoires à raconter, un bouquin prêt, manque plus qu'un éditeur ;-) A bon entendeur....

      Supprimer
  4. ah!! j'en étais sûre t'arrête maintenant si la dame l'a dit c'est vrai!!Jolly jumper:)

    RépondreSupprimer
  5. Merci pour le lien vers le blog de Sandrine, je ne connaissais pas ! Finalement, c'est peut-être mieux que tu n'aies pas été choisie :p

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est que ce que je me dis aussi...

      Supprimer
  6. DOMINIQUE16/2/12

    C'est Cordula qui a raison : exploiter la détresse des autres. Comme Delarue qui l'a fait pendant des années, ou Mireille Dumas.
    Triste.
    Heureusement, "tu n'as pas dé coulotte dé chéval". Et tu es bien dans ta peau.
    J'ai lu le récit de Sandrine, et vraiment ça m'a affligée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Difficile en effet à lire... C'est aussi pour ça que mon regard sur ce type d'émissions de télé (que tu ne vois pas) a bien changé désormais.

      Supprimer
  7. Valérie de Rennes16/2/12

    Ben moi je trouve ça chouette de s'entendre dire par des pros qu'on est parfaite telle qu'on est, c'est carrément la classe !!!
    (et si c'est pas la comm' c'est quoi ? Le marketing ???)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, bah tu sais, je pense aussi que ce sont de très bons communiquants et qu'ils savent dire "no"n de la bonne manière, plutôt que "vous n'avez aucun potentiel, merci au-revoir !"... Pas vraiment dupe, mais en tout cas, ça fait plaisir à entendre !

      Supprimer
  8. Je ne m'en rappelais plus, mais je l'avais lu le post de Sandrine. Effectivement, c'est peut-être mieux que tu n'aies pas été sélectionnée, surtout si tu es très bien comme tu es :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je me trouve pas si mal et encore une fois, si cela a permis à certaines personnes de vraiment se sentir mieux, je préfère ça !

      Supprimer
  9. Wouah mais c'est excellent! Tu as bien gardé le suspense jusqu'au bot parce que jusqu à ce que Cristina ouvre la bouche, je ne savais pas de quoi tu parlais :) ET c'est bon maintenant, t'es plus stressée?^^ Bisous!

    RépondreSupprimer
  10. J'ai adoré ton récit, un suspens de fou :)
    Je m'en vais de ce pas lire le récit de sandrine !!!

    RépondreSupprimer
  11. C'était génial, j'ai beaucoup aimé te lire...
    Mon avantage aurait été que je n'aurais absolument pas été impressionnée étant donné que je ne connais absolument pas tous ces gens dont tu parles (dixit la nana qui a fait la bise à Vincent Cassel sans le reconnaître...)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais de comment que tu as fait la bise à Vincent Cassel !!! Un truc de ouf' ;-)

      Supprimer
    2. C'est une longue histoire, qui inclut un écrivain un peu célèbre, une plage atlantique, un soleil de plomb et quelques pétards... (d'où le "je ne l'ai pas reconnu")

      Supprimer
  12. DOMINIQUE19/2/12

    Mais oui, La Blonde, je ne regarde pas ces émissions, ni toutes les autres d'ailleurs. Simplement, il suffit de lire les journaux pour savoir de quoi ils parlent, ou d'écouter leurs interview à la radio.
    La seule émission que je regarde, c'est Groland !

    RépondreSupprimer
  13. Laurie12/9/14

    Coucou.
    Je lis en sous-marin depuis....pffiu..longtemps.
    Je tiens juste à te dire que je kiffe "comme tou é". ;)
    Bon week-end

    RépondreSupprimer