15 mars 2012

Si c'était vrai...

Je m'éveille en sursaut : ça semble si réel. Dans mon rêve, je viens d'accoucher. Je suis paniquée, dans le rêve et en réalité, je transpire, j'ai une boule énorme au ventre, la gorge serrée d'angoisse. Qu'est-ce qui m'arrive ?

Incapable de tenir ma langue, je dis à Chouchou. "J'ai rêvé que j'étais en train d'accoucher". Il me regarde bizarrement et me dit : "je viens de rêver que t'étais enceinte".
Chouchou ne rêve jamais, ou en tout cas ne s'en souvient jamais. C'est pas possible, ça ne peut pas être une coïncidence, c'est un signe du destin. Ça, plus le fait que j'ai des seins énormes depuis une semaine. Une taille de bonnet en plus, au bas mot. Des seins lourds, chauds et tendus comme au tout début de ma lointaine première grossesse.... Une coïncidence ? 

Bien entendu, j'ai un moyen de contraception, un truc super efficace depuis plusieurs années, un stérilet magique qui fait que je n'ai plus de règles. Il est neuf (enfin d'avril, donc presque neuf). So what ? 
Je ne peux me défaire de la pensée que je suis enceinte et de la calamité que cela représente.
Je prends rendez-vous chez ma gynéco, deux semaines d'angoisse, mes seins ne dégonflent pas, je souffre horriblement quand j'enlève mon soutien-gorge. Le seul content, c'est Chouchou, tout excité par mes énormes poops. La gynéco sourit gentiment, m'explique que c'est probablement un petit dérèglement hormonal, pas de quoi paniquer. Je suis paniquée. Elle me prescrit des médicaments pour faire dégonfler et une prise de sang pour contrôler, et pour me faire plaisir parce qu'elle n'y croit pas une seconde. Oui, mais si c'était vrai ?

Crapaud-poilu est fils unique. Il aura 16 ans la semaine prochaine. Autant te dire que si j'avais (nous avions) voulu un autre gosse, ça fait bien longtemps que ce serait fait. La question s'est posée il y a très longtemps, quand c'était "dans la norme", environ 3 ans et quelques après sa naissance. Chouchou m'a demandé cash un matin "tu veux un autre enfant ?". J'ai dit "non, pas maintenant". Il a répondu "je ne te le demanderai plus jamais". C'est possible, j'ai pensé. Notre couple était mal en point à cette époque-là et je me posais plus souvent la question de savoir si j'allais le quitter que celle de faire un autre bébé. Impossible pour moi d'envisager une seconde maternité, je ne voyais pas comment j'aurais pu assumer deux enfants, et toute seule si ça se trouve. Chouchou n'a pas été très présent lorsque notre fils était petit, les petits, ça le gonfle, faut dire. J'ai assumé presque seule l'école, la garderie, les vaccins, les débuts dans la vie, le bain, les rendez-vous médicaux (fréquents). Crapaud-poilu a été pas mal malade jusqu'à 6 ans. Départ aux urgences en pleine nuit parce qu'il ne pouvait plus respirer, il toussait tout le temps, trachéites à répétition et doses de cortisone massives. Je n'ai pas dormi une nuit complète pendant 6 ans, me levant la nuit pour tenter en vain de soulager mon petit qui toussait sans cesse, changeant les draps deux ou trois fois dans la nuit parce qu'à force de tousser, il vomissait. Résister à l'envie de lui vider la bouteille de Toplexil dans la bouche pour qu'enfin cela cesse. Plus un Chouchou pas toujours cool, rarement gentil, souvent absent. Non, pas de deuxième.

Plus tard, quand Crapaud-poilu a été plus grand, moins malade, nous aurions pu l'envisager, mais c'était trop tard. Pourtant cela allait mieux dans notre vie, mais plus envie, plus le courage et enfin tellement de liberté à trois pour voyager, se promener, profiter sans contrainte. Je sais que c'était profondément égoïste, c'est certain. Crapaud-poilu n'a jamais franchement réclamé de petit frère ou de petite soeur, une fois de temps en temps, mais ça passait vite. J'ai eu malgré tout un peu de scrupules car j'ai une relation très forte avec ma soeur et j'ai regretté qu'il ne puisse pas connaitre ça à son tour...

J'ai les résultats de la prise de sang : négatif. Le soulagement intense qui s'est diffusé dans tout mon corps m'a conforté dans l'idée que c'était une putain de bonne nouvelle. Je ne veux plus d'enfant. Pas de remord, pas de regret, pas "d'ovaires qui frissonnent" comme c'est le cas pour mon amie Miss P., qui a le même âge que moi et qui flippe de se dire qu'elle ne sera plus jamais enceinte. Probablement plus jamais.

En même temps, qu'est-ce que j'aurais fait si cela avait été vrai ?... J'aurais avorté, bien entendu, en compagnie de ma mauvaise conscience, et de mon égoïsme. Je suis certaine qu'un nouveau-né aujourd'hui précipiterait la chute de mon couple et nous séparerait au lieu de nous rapprocher. Mauvaise conscience aussi car plusieurs de mes copines-collègues-connaissances galèrent pour avoir un enfant, patientent depuis des années pour procréer, ou pour adopter, sont malheureuses, vivent d'espoir, se demandent si un jour cela sera possible. Comment aurais-je pu leur dire ce qui m'arrivait ? Moi, renoncer à un enfant, alors que c'est ce qu'elles désirent le plus. Peut-être n'aurais-je rien dit ? Peut-être aurais-je menti ?...

Finalement, ce n'était pas vrai et finalement, ça m'a bien arrangé. Oui, mon fils est "unique" et c'est un choix. Même si ce n'est pas la norme et que lorsque le dernier petit de ma soeur est né (le quatrième ;-), ma grand-mère m'a tout de même demandé "ça te dirait pas d'en avoir un autre ?"

Ben non.

***

EDIT : En écrivant ces lignes hier soir, je pensais à Annabelle, qui a eu la même angoisse il me semble, il y a quelques mois, à Caroline qui faisait part de son sentiment sur ce sujet et à Ginie, qui elle va connaitre la joie d'une première maternité... Nous avons toutes une vision différente, en fonction de nos âges, de nos parcours...

EDIT 2 : Tu crois que je vais devoir de l'argent  Marc Lévy à cause du titre ?...

24 commentaires:

  1. je pense qu'il faut réellement vouloir chaque grossesse sinon c'est très dur à vivre et pour eux et pour nous!!! Tu as donc bien fait ce que pense les autres ce qui se fait ou pas NADA c'est toi qui compte et l'enfant bises

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    1. Merci... J'ai toujours du mal à ne pas tenir compte de l'avis des autres, pourtant, parfois, ce serait mieux !

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  2. Pas encore de mouflets au compteur ici mais la meme frayeur en septembre. Et la meme certitude : si la prise de sang s'etait revelee positive, j'aurais avorte. Pourtant, on veut des enfants, pourtant, on a une vie stable, pourtant, "on pourrait", pourtant je sais que Cher&Tendre serait plus que present et que mon boulot n'en patirait pas tant que ca... Mais pour moi, ce n'etait pas possible, pas comme ca, pas maintenant, pas tout de suite. Pendant ces quelques jours de flottement, j'ai beaucoup reflechi et decide que, si je devais avorter, je refuserais de culpabiliser. Parce que c'est mon corps, ma vie, notre vie a tous les deux et c'est tout. Ca ne concerne personne d'autre que nous deux.
    Ton texte m'a beaucoup emue, j'ai eu envie de te serrer fort dans mes (grands) bras de (grande) blonde. Alors, comme je suis un peu loin, hop ! une (grande) cargaison de (grands) bisous par la voie des airs ;-)

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    1. Un grand câlin à toi aussi, Blonde du bout du monde. Un jour viendra (ou pas) où ce sera le moment. Je reste persuadée que l'enfantement n'est pas l'accomplissement final d'une femme. Mais quand on le veut, et qu'on s'aime, c'est magnifique.

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  3. leyleydu9515/3/12

    ça me parle ce que tu dis là...j'ai un fils de 4 ans et il y a 5 femmes enceintes autour de moi et elles vont toutes accoucher entre mai et aout...je me demande souvent si je les envie ou pas...mon fils commence à être autonome et, comme tu le dis,je n'ai pas envie de retourner dans les inconvénients de la maternité : les nuits blanches,les couches,le caca et le vomi à nouveau !
    je me laisse jusqu'à mes 40 ans pour y penser encore un peu...après tout, je ne suis pas ménopausée !!

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    1. Ça mérite réflexion... Il FAUT que ça mérite réflexion. Sauf qu'à trop réfléchir, on se pose trop de questions (c'est aussi ce qu'on m'a dit).
      J'ai aussi la chance de faire partie d'une génération qui peut se poser la question ;-)

      Et puis un enfant, c'est aussi autre chose, tu le sais bien !

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  4. L'annonce d'une grossesse n'est pas obligatoirement une bonne nouvelle. Quand j'avais 20 ans, quelques semaines avant de m'apprêter à partir au bout du monde pour une année scolaire, j'ai bien cru être enceinte aussi. Donc je comprends tout à fait ton soulagement à l'annonce du résultat négatif. Pas de culpabilité à ressentir donc à ne pas tomber enceinte d'un enfant dont on n'a pas envie.

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    1. Tu as dû flipper ! J'ai détesté ce sentiment d'angoisse, comme doivent le détester celles qui attendent un résultat positif.
      C'est pas juste.

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  5. je comprends aussi le soulagement. même si pas dans les conditions, mais des fois des petites frayeurs, ça arrive... et non, ce n'est PAS le moment.
    avant d'avoir des enfants, j'ai besoin de savoir que mon chemin professionnel est à peu près stable.

    et pour avoir fréquenté quelqu'un qui a eu un deuxième enfant un peu sous la pression des membres de l'entourage, malgré son envie à elle... hé bien je crois que quand même, en tant que femmes/futures mères on a notre avis à donner qui n'est pas des moindres !

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    1. Oui, il faut donner son avis. Et la décisions de dire "non" à Chouchou a été difficile aussi, parce qu'il ne l'a pas bien pris. Mais je n'ai jamais regretté mon choix.

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  6. maminouchette15/3/12

    Ton billet m'a ému et angoissé... il m'a ramené 45 ans en arrière quand c'était le même questionnement presque tous les mois ! le calendrier rempli de croix, là on peut, là on peut pas mais là peut-être que oui quand même (la fameuse méthode Ogino) et la grossesse qui arrivait trop vite (à peine un an d’écart entre les deux ainés !)
    Alors les filles on s'est battu pour vous, pour vous donner cette chance de choisir. Choisissez le mieux surtout pour vous, pour votre couple et l'équilibre de votre famille.
    Un enfant c'est pour la vie, les couches, les biberons ce n'est rien...
    Affectueusement à vous toutes !

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    1. Effectivement, une autre époque, tellement plus complexe... C'est vrai que nous avons une chance énorme ;-)

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  7. très beau billet qui me déculpabilise d'avoir probablement qu'un seul enfant, enfin avec ce mari c'est sur
    et puis la vie est pleine de surprise.
    Je pense aussi que nous ne sommes pas que des mamans et que d'avoir le choix est une grande chance, mais je n'oublie pas ceux qui rêvent de connaitre ça au moins une fois, c'est tout le mal que je leur souhaite ;-)

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    1. Personne ne sait de quoi l'avenir sera fait jolie BB... ;-)

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  8. DOMINIQUE16/3/12

    Tu le dis si bien, cette histoire de grossesse non désirée. Vous avez une grande chance de pouvoir choisir. Et surtout tu as bien raison : la maternité n'est pas le but ultime d'une femme.
    Ce commentaire n'est pas terrible, je te le concède, mais j'ai 1200km en 24 heures dans les pattes... et plus 20 ans !
    Bisous la Blonde, et merci pour tes textes si intelligents et féminins.

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    1. Repose-toi DOMINIQUE, j'espère que ce pourquoi tu étais partie ne s'est pas révélé trop pénible...
      A très vite ;-)

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    2. DOMINIQUE16/3/12

      48 heures, pas 24. Pas pénible. Pour celles qui liraient les commentaires, juste vider la maison de mes parents après 45ans d'occupation. A 600Km de chez moi, ce qui complique. Ramené tous les papiers, dont la correspondance de mes parents, touchante, surtout lors de l'annonce de ma mère qu'un "second" était en vue ! C'était moi.
      Et les photos d'ancêtres endimanchés...

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  9. Je suis fille unique. Et je n'en ai jamais souffert...
    Et puis faut pas croire mais je suis équilibrée quand même (si si :))

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    1. Ouf, je suis contente pour toi.... Heureusement que tous les enfants uniques ne finissent pas psychopathes !

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  10. Avec mes 3 garçons très actifs, les rares fois où j'ai eu un moment de doute, ben j'en menais pas large !!! Parce que même si tous les deux il y a 13 ans on disait qu'on voulait 4 enfants, l'arrivée du 3ème nous a bien calmé !

    Après chacune est faite différemment. Moi le maternage c'est mon truc, j'ai adoré être enceinte, j'ai adoré avoir mes tout petits contre moi, toussa toussa... Mais c'est fini, ke passe à autre chose !

    Et je pense à toutes celles qui galèrent pour avoir au moins un enfant... Avoir le choix d'en avoir ou pas, c'est plus que génial, et ce le serait encore plus si toutes les femmes étaient égales sur le sujet...

    (A lire un blog découvert il y a quelques mois : http://www.moioupresque.com/ )

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    1. Nous sommes toutes différentes, et encore plus quand je vois ma propre soeur qui a 4 enfants ! Ça me dépasse.
      Je sais que certaines galèrent, j'en connais des toutes proches, c'est pour ça que j'ai très mal vécu cette situation.

      Chacune devrait pouvoir choisir : en avoir, ou ne pas en avoir.

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  11. Bah t'as bien raison de suivre ton coeur ! j'ai voulu faire plaisir (réellement c'est le terme adéquat) à mon mari quand il m'a demandé un 3ème loupio, mais moi finalement j'avais envie de continuer à bosser, m'occuper de ma carrière car les aînés devenaient plus autonomes ; total des courses, j'ai mal vécu le chambardement que provoque l'arrivée d'un 3ème enfant et mon moral a flanché pendant pas mal de temps avant que je ne me reprenne en main... voilà. Désolée si mes propos peuvent choquer mais c'est réellement ce que j'ai ressenti.

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    1. Je ne suis pas choquée par tes propos. Ce que je trouve regrettable dans cette situation, c'est que faire un plaisir avec un bébé, c'est pas comme offrir un nouveau DVD. Mais parfois, on tente aussi de préserver son coupe.

      La situation est difficile et il n'y a pas de vérité ultime. Chacun fait selon ce qu'il pense être le mieux... Bon courage et merci pour ton com ;-)

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