17 janv. 2012

Le jour où... j'ai fumé la dernière (j'espère)

Aujourd'hui, 17 janvier, j'ai un tout petit peu le droit de me la péter. Ok, je fais pas trop d'efforts les autres jours pour éviter, mais là, j'ai une vraie bonne raison : aujourd'hui, 17 janvier 2012, ça fait 8 ans que j'ai arrêté de fumer.
Je te laisse faire waaaaaah. 

Maintenant, je vais ajouter que, putain, qu'est-ce que c'est dur.

Encore aujourd'hui c'est dur, pas tous les jours, pas à chaque instant mais de temps en temps. 
Flashback.
(on se croirait dans "90 minutes enquête", tu trouves pas ?)

Il y a 8 ans, en 2004, Crapaud-poilu est un petit garçon qui, tous les jours, me dit "Maman, je veux pas que tu sois comme la dame à la télé, avec un trou dans la gorge". Tous les jours.
En 2004, je suis fauchée. Le paquet de clopes va bientôt passer à 5 euros.
En 2004, ça fait déjà vingt ans que je fume. Déjà.Vingt.Ans.

J'ai démarré la clope au collège (oui, jeune). Evidemment, pas un paquet par jour dès le début, mais disons que c'est venu assez vite : vers la fin du lycée, on va dire. Je peux pas trop préciser, on sait jamais, si mes parents passent par là. J'ai eu une interruption d'environ 3 ans, peu de temps après avoir rencontré Chouchou, qui lui ne fume pas et n'a jamais fumé. J'ai eu mon gosse. Et j'ai repris, ce qui était très très stupide.
A cause du stress du boulot bien entendu. D'abord j'en taxe une, puis deux, puis comme j'ai horreur de taxer, j'achète un paquet et des allumettes, parce que... voilà, c'est juste comme ça, quoi. Je ne dis rien à Chouchou, je fume en cachette. Il me dit "t'as fumé ?". Hein, mais n'importe quoi. Effectivement, c'est n'importe quoi, parce qu'après avoir fumé une clope, tu peux mâcher autant de Freedent que tu veux, ton haleine sent la menthe, aromatisée à la Gauloise blonde. Mais tu crois que non.
Un matin, t'en as ras-le-bol des allumettes et avec le paquet du jour, tu achètes un briquet. Et là, c'est mort. Tu peux dire ce que tu veux : "nan, mais je fume que la semaine, pas le week-end" (ou l'inverse) ou "si je peux arrêter 3 jours, je peux arrêter quand je veux". La vérité, c'est que c'est pas vrai.

En 2004, je fumais un paquet par 24 heures : démarré à 10h le matin, terminé à 10h le lendemain matin, sachant quand même que je bossais et que je fumais pas dans la maison. Aujourd'hui ça fait sourire de dire ça, mais j'ai connu une autre époque, pas si éloignée, où on pouvait fumer dans son bureau. Et même dans la maison, ce qui est de plus en plus rare, semble-t-il. Et même, on pouvait fumer dans les restaurants. Dingue.

Fin 2003, après avoir acheté à une copine une cartouche espagnole, j'ai dit, d'un air grave et pénétré "après cette cartouche, j'arrête". Complètement inconsciente, mais un peu volontaire quand même. J'ai fumé la dernière cigarette du dernier paquet de la cartouche espagnole, un samedi 17 janvier, vers 11h du matin, dehors, dans mon ancien chez moi, par un jour gris et humide.

Je ne vais pas te raconter des menteries, cela n'a pas été soupeure easy... Cela a été très dur. D'autant plus que comme je pensais être plus forte que tout le monde, j'ai fait ça version hardcore, sans patch, sans Nicorette, sans acupuncture. Au bout de quinze jours, je suis allée voir le médecin parce que je n'arrêtais pas de sangloter et que je voulais égorger tout le monde. Il m'a filé des anxiolytiques, légers, pendant 15 jours, cela a été mieux. Certains jours ont été délicats, très difficiles parfois. Ce qui m'a le plus étonné, c'est que les instants critiques ne furent pas ceux que j'imaginais. Pas du tout lors de soirées, pas du tout avec le café après le déjeuner, mais seule dans ma voiture, quand je m'ennuyais, ou quand j'étais très stressée par le boulot. Et puis un jour, tu te surprends à penser que tu n'y as, justement, pas pensé de la journée. Ce jour-là, c'est une sorte de délivrance, comme si tu étais libérée. C'est juste "une sorte de...", mais qui marque une étape importante. 

Aujourd'hui, il m'arrive encore de rêver que je fume (la nuit, en rêve, in my dreams). Et c'est bon, parce que sans culpabilité. 
Aujourd'hui, malgré les 8 ans écoulés, je sais que je ne suis pas totalement et définitivement guérie. Je sens que je suis toujours fragile. Cela m'est arrivé deux fois depuis, de fumer. Ce qui m'a le plus fait kiffer, c'est le dégoût immense que cela m'a procuré : dans la bouche, le goût du tabac qui ne part pas, les brûlures d'estomac qui reviennent dans la nuit, les doigts qui puent. J'ai adoré détester. 

J'ai aussi adoré la sensation d'avoir la cigarette entre les doigts de la main gauche (je suis droitière, mais je fume de la gauche), j'ai adoré la sensation de vertige à la première bouffée. J'adorerais reprendre. Mais de cette façon libre et détachée qu'ont certaines personnes : fumer juste par envie, savoir ne pas le faire pendant 10 jours, parce que l'occasion ne se présente pas, puis descendre un paquet dans la soirée, parce que c'est à l'extérieur et que tu as envie de partager du temps avec des amis qui fument. J'adorerais ça. Je sais que j'en suis incapable.

Aujourd'hui, ça fait 8 ans et je suis (très) fière. Et terrorisée.

24 commentaires:

  1. Waaaaaah!!!
    J'y arrive pas moi; en fait je dis ça, mais le truc c'est que j'ai pas envie. J'adore fumer, c'est un plaisir de fumer. Il va falloir que j'arrête oui, parce que ça fait 25 ans que je fume, avec une petite pause pour ma grossesse et une fois j'ai arrêté genre 6 mois, et puis je veux pas mourir!
    Mais pour l'instant, je peux pas.
    Je commence à me dire que pour mes 40 ans, ça serait pas mal d'arrêter, non?

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    1. Crois-en mon expérience, on ne peut pas arrêter de fumer ET de manger en même temps. Toi, tu as déjà attaqué le régime, ménage-toi ;-)

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  2. Je te félicite et moi t mes futurs 6 moi on va aller se remballer...

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    1. Non, tu vas te féliciter et de te dire que déjà, six mois, ben c'est super et que c'est déjà tout ça que tu n'auras pas fumé. Courage, tiens le coup !

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  3. bravooo !!
    tu peux et même, tu DOIS être super fière de toi.

    C'est bizarre, ce que tu disais sur "tu réalise à la fin de la journée que tu n'y as pas pensé", ça me rappelle quand tu sors d'une rupture très difficile, et les jours où tu te dis que tu n'as pas pensé à ton ex de la journée, c'est que tu commences à t'en sortir .

    encore bravo, et pis continue à tenir bon !

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    1. On va tâcher de tenir bon, on va tâcher... La cigarette, c'est mon ex.

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  4. Valérie de Rennes17/1/12

    Bravo ! D'ailleurs il est presque 11 heures du matin alors je le dis : "joyeux anniversaire à ta nouvelle vie de non fumeuse" !
    Moi c'est nul, je ne suis pas une "grosse fumeue" (plutôt grosse tout court...) je fume au boulot, en soirée, avec des copains fumeurs mais jamais seule chez moi (j'ai essayé : j'aime pas), en vacances si on est que tous les 5 j'en fume genre une le soir, j'ai été en arrêt maladie pour mon dos, pendant plus de 3 semaines, je crois ne même pas en avoir fumé une, j'ai arrêté sans problème pendant chacune de mes grosses + allaitement...
    Et pourtant je continue à fumer... Tout en ayant l'impression que je n'arrêterai jamais...!
    Alors BRAVO !!!

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    1. Oui, mais si ça te fait plaisir et que tu ne fumes pas plus que ça... c'est pas si grave !
      En tout cas moins que d'être frustrée parce que ces quelques cigarettes te manqueraient et te rendrait aigrie et triste. ;-)

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  5. Loran17/1/12

    je suis de tout cœur avec toi, moi, ça fait un an et demi (avant d'être grand on est petit) et suis comme toi, qu'est ce que c'est bien la vie sans tabac.
    ne craques pas, après une telle étape, ce serait dommage de reprendre !!
    tu es sur le bon chemin, petit scarabée !! lol ;)

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    1. Merci Maître, bon courage à toi aussi ;-)

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  6. Ton histoire ressemble tellement à la mienne. Surtout les conditions pour reprendre... J'ai bien connu la phase allumettes qui te donne l'illusion que c'est provisoire et que tu peux arrêter. Bref, j'ai recommencé d'arrêter il y a 3 mois, j’espère tenir cette année.

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    1. J'espère aussi que tu tiendras, chaque jour qui passe, c'est déjà ça d'évité ;-)

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  7. Bravo Blonde Paresseuse...continue comme ça...
    Moi j'ai cette chance de fumer librement et de façon détachée... (donc aucun mérite ; )

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    1. Haaaaan, mais c'est ça que je veux : libre et détachée !!
      Trop jalouse.
      Mais ton nom fait comme une chanson, alors, j'taime bien quand même ;-)

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  8. Toutes mes félicitations. Je suis plutôt forte au jeu de la volonté. Là j'ai repris lors de mon décembre merdique mais d'ici quelques jours ce sera de l'histoire ancienne !

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  9. Cela fera quatre ans le 30 janvier pour moi, après 23 ans de tabagie, entrecoupés d'arrêts et de reprises. Comme toi, ni patch, ni nicorettes, rien. Que le mental. Et ça l'a fait. Et 18 kilos de plus au passage. Reperdus deux ans après. Et comme toi je sais que je suis encore très fragile, mais ma fille avait fait comme ton fils. Dans tous les placards, tiroirs, sur toutes les portes de la maison, dans mon sac à main, dans ma voiture, bref, partout elle avait mis des posts-it marqués "fumer tue", "fumer donne le cancer", fumer... J'ai compris qu'elle avait réellement peur, c'est peut-être ce qui m'a aidée. Je n'ai aucun regret d'avoir arrêté, mais comme le dit une fille dans le premier commentaire, j'adorais fumer. Alors pour mes 80 ans, j'ai décidé de recommencer. ;-) D'ici là, je me tiens à carreau...

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    1. Merci pour ton témoignage Laurence, et l'idée de recommencer vers 80 ans, c'est peut-être pas mal ;-)
      Bravo en tout cas !

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  10. Ça fait deux ans pour moi... par contre j'ai repris plusieurs fois des crousty mops.

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    1. ... le crousty mops est moins dangereux pour la santé... j'espère ?

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  11. Ce billet, j'aurais pu en écrire certains passages mot pour mot. Notamment les rêves et l'envie de reprendre de manière festive tout en sachant que si j'en fume une, ce sera de nouveau partis pour 1 paquet par jour...
    Ça fera 8 ans en juin...

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    1. Tiens le coup, ma poule, tu le vaux bien.

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  12. Un grand BRAVO ! J'essaie aussi d'arrêter mais c'est dur et la volonté manque ! Tu es en tout cas un bel exemple à suivre !

    Marion

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    1. Peut-être un jour, tu la trouveras. Peut-être aussi tu la perdras, mais dis-toi que chaque cigarette que tu ne fumes pas, c'est déjà une victoire !

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