12 août 2011

Si on racontait une histoire de moules ?

Une manif' de moules ? (cherche pas le raccourci féministe, y'en n'a pas)
J'imagine d'ici ta mine intriguée, peut-être même excitée par le titre du billet... Je ne parlerai pas de cul toutefois (en tout cas, pas aujourd'hui...). Je vais plutôt te raconter une anecdote de ma vie personnelle à moi. Passe ton chemin si ça te fait chier.

Je suis une fille de l'Est, c'est-à-dire de la Moselle (c'est en Lorraine, pour les pas trop calés en géographie) ; donc pas d'Ukraine ou de Biélorussie, au grand désespoir de Chouchou qui fantasme grave sur les blondeurs d'Europe centrale.
Honnêtement, je ne suis pas née dans l'Est, disons que c'est là que j'ai passé la fin de mon enfance et mon adolescence, que mes parents et ma soeur y vivent et donc, je dis que je suis de là-bas, que mes racines y sont. "Quel rapport avec la moule ?" tu demandes. Attends, ça vient.
Flash-back. Juste après mes études, je suis venue sur la côte Atlantique, pour un boulot de 3 semaines, et je ne suis plus jamais repartie. J'avais pris la décision de quitter la Lorraine pour des raisons multiples : envie tenace de voler de mes propres ailes, de m'assumer, d'avoir un chez-moi, relations délicates avec mes parents à la suite d'un très gros chagrin familial, marre du climat d'hiver, je trouvais la ville moche, grise. Et au lieu de prendre un appartement et de trouver un boulot au moins dans la même région, là où j'avais mes amis et ma famille, je suis partie à 800 bornes, histoire de me prouver que j'étais une grande fille.
Ce fut difficile. Très. 
Car même si j'avais un peu de famille ici, je ne connaissais personne et je n'avais pas d'ami. Call-me presque-Rémi (parce lui c'est l'inverse, pas de famille, mais plein d'amis). J'avais eu la chance de trouver un boulot rapidement, et un appart' sympa dans le centre. Et c'est tout. Au bout de 2 ans, j'étais sur le point de renoncer, désespérée de solitude, du grand rien qui se passait dans ma vie et souffrant de l'absence des miens. Prends un mouchoir si t'as l’œil humide, je sens que l'émotion te pique le nez. Et puis j'ai rencontré Chouchou et là forcément, quand tu as quelqu'un dans ta vie, tu ne vois pas la chose de la même façon. Lui était d'ici, avait beaucoup d'amis,... qui sont parfois devenus les miens. Ma grande traversée date d'il y a exactement 20 ans. "Bon, et la moule alors ?". 
J'y viens, encore une chose.

Ce qui est curieux, c'est que lorsqu'on me demande d'où je viens, la réponse diffère en fonction de l'endroit où je me trouve. All over the world, je dis que j'habite dans l'Ouest de la France. Par contre ici, je dis toujours que je suis "de l'Est". La réalité est que j'ai passé dorénavant plus de temps ici que là-bas. Les miens que manquent toujours, pas de la même façon, mais la distance est toujours douloureuse. Et pourtant je ne partirai plus, maintenant. Je crois. Ma vie est ici.
Il y a quelques jours, Chouchou me propose d'inviter des amis pour une Eclade. Pour les non-initiés, c'est un plat typiquement d'ici, qui consiste à disposer des moules verticalement les unes contre les autres, de mettre des aiguilles de pin par-dessus, et de foutre le feu (la photo au-dessus, c'est avant le feu, la photo dessous, pendant, au cas où tu n'aurais pas compris.)


C'est l'éclate, l'éclade. Trop facile le jeu de mots. Après, on mange les coquillages avec du pain et du beurre salé, ça a un goût de feu de forêt, on s'en fout plein les doigts qui deviennent tous noirs, ça coule, c'est délicieux.
Ben figure-toi que je n'en avais JAMAIS mangé, depuis 20 ANS que je vis ici. Jamais. Comme si mon moi-du-dedans refusait de sacrifier à cette tradition qui ferait définitivement de moi une fille d'ici.
Voilà, c'est maintenant fait. Pour mon vingtième anniversaire de transfuge de l'Est vers l'Ouest, j'ai mangé une éclade.

La morale de l'histoire ? Y'en n'a pas. La coïncidence m'a plu, c'est tout. Toi de l'Ouest qui me lit peut-être : aimes-tu ça l'éclade ? Et Toi de l'Est, est-ce que la Mirabelle de Lorraine (et l'eau-de-vie qu'on fait avec) n'est pas le meilleur fruit du monde ? ;-)
Mirabelle mon amour... (vite cuisinée en une sublime tarte)




16 commentaires:

  1. Anonyme12/8/11

    Yes, I like it!! Ensuite c'est la fête au white spirit et à la spontex mais on s'en tape : c'est toujours plaisant de manger ''à la Cro-Magnon''... petite régression passagère à vivre sans complexe !! :)
    WestGirl

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  2. Dis-moi, qui a fait le test de l'éclade habillé en blanc, toi ? un invité ? Parce qu'il y en a toujours un et ça c'est drôle.

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  3. Oh, non... même pas drôle, il n'y avait personne en blanc... La prochaine fois, on cumulera les deux : white party + éclade ;-)

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  4. En passage pour trois ans a Montpellier il y a huit ans maintenant, j'avais ete initiee a la brasoucade (la version sudiste de l'eclade) et ca depote sa meme aussi !
    Pas vraiment d'exil est-ouest par ici, plutot du nord-sud. Et des melanges progressifs de traditions pour un melting pot geant... Comme un coup de gnole de mirabelle apres une eclade, quoi !

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  5. @La Grande Blonde : c'est incroyable, tu me lis de l'autre bout de mon monde... ! Vos photos sont magnifiques... Merci d'avoir fait un tour par ici ;-)

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  6. leyleydu9516/8/11

    je n'ai pas encore gouté l'éclade malgré toutes les vacances passées en Charente !
    Faudrait peut être que j'essaie cette année avec le pineau et les huitres...

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  7. @leyleydu95 : il faut absolument essayer... ne pas attendre 20 ans comme moi ;-)

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  8. angel17/8/11

    je suis POUR l'initiation de tous les plats dans le monde entier : Tajine, raclette, Tali, falafels, spaghetti, paella.......car autour d'un plat, y a toujours des amis.....

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  9. Marie_5730/8/11

    Comme je te comprends !!!
    Fille de l'est (la Moselle aussi ;)) qui a pourtant migré vers la région parisienne pour le chéri et les études, je resterai fidèle à la Mirabelle (sous toutes ses formes) ! :p
    En tout cas, je viens de découvrir ton blog et je l'adore déjà :)
    Bonne continuation à l'Ouest ... ;)

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  10. @ Marie_57 : coucou copine de Lorraine et bienvenue ici !

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  11. Moi aussi je suis de l'Est ! D'Alsace (Strasbourg) et pas de Lorraine, mais l'esprit de l'Est reste le même =)

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  12. Rha ! que de points communs !
    je suis de l'Est ! (metz comme toi, quoi la ville moche et grise ?! non non non !)
    mon ex mari est de Rochefort (sur mer), j'ai passé un paquets d'étés chez mes ex bops ! et j'ai mangé des éclades ! plein !
    bon, moi aussi je suis descendue dans le sud (par amour), j'habite Nancy ! ;)
    Et je ne peux pas dire à l'heure actuelle où je "finirai" ma vie ... La grisaille me pèse... mais ma Lorraine me plait... ses mirabelles...etc...
    et pis on mange des moules de hollande, c'est pas mal non plus !
    bisous ma blonde !

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    1. Des moules de Hollande mais Nathaly, noooooon !!!
      Par contre, ce qui me fait plaisir, c'est qu'il ne doit pas y en avoir tant que ça des Lorraines qui connaissent les éclades ;-)

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  13. Ah ah c'est bon hein l'éclade ;-)

    Pour ma part 16 ans de vie au nord de la France, 32 ans dans le sud ouest.
    J'ai toujours une part de ma vie ch'ti qui remonte mais plutôt dans certains aspects "culturels" et je ne me sens plus du tout de "la-haut". Je suis d'ici, dans un premier temps je disais landaise puisque c'est le coin que mes ancêtres ont choisi pour poser leurs valises (et les miennes par la même occasion), mais désormais je suis bordelaise et quand je vois ce que je ressens en arrivant sur le pont d’Aquitaine ou en voyant le pont de pierre en rentrant d'un déplacement, quand le soleil dore et rosi les façades des quais le matin et que j'en reviens toujours pas de la beauté de ma ville et de ma chance d'y vivre, oui aucun doute je suis d'ici, Bordeaux. Ma fille est la première génération de Bordelaise et l'autre jour elle me disait qu'elle avait de la chance parce que c'est beau ici ;-)
    Le nord ne me manque pas, ma famille proche, mes parents est ici, mes grands parents sont partis donc partout, mais même lorsqu'ils étaient là je n'allais les voir que tous les 2 ou 3 ans parce que je me sentais de plus en plus étrangère là-bas.
    Ce n'est plus qu'une zone de souvenirs d'enfance mais pas mon chez moi.

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    1. Tu parles de ta ville avec amour et franchement, c'est super agréable... Et c'est doux la sensation de se sentir chez soi.

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